L'Homme et l'oiseau

Par une belle soirée de mai à Belle-île-en-mer, la tiédeur incitait à la rêverie et à la promenade en bord de mer.

La brise était légère, et toutes les conditions semblaient réunies pour que cette fin de soirée soit belle. ​

En sortant du restaurant où il venait de dîner, Yann décida d’aller vers la pointe des poulains au Nord de l’île pour y rester un moment et ainsi accompagner le repos du soleil. ​

Il s’arrêta d’abord au palais de Sarah Bernhardt, demeure massive et orgueilleuse nidée sur le granit celtique, défiant l’océan avec une naïveté insolente.

Le soleil enveloppait la bâtisse d’un halo cuivré, et la rendait envoûtante, et mystérieuse.

Yann imaginait la maîtresse des lieux, vêtue d’une lourde robe de velours grenat, répétant quelques rôles devant des amants béats, ravis, et ... partageurs.

Il reprit son chemin vers la pointe, le ciel rougeoyait superbement.

Yann parvenait au phare des Poulains et il s’assit près de lui sur un rocher très plat.

Il commença à observer la mer calme, parée de bronze rutilant, cuivré par le couchant. ​

Quelques instants après le début de cette contemplation admirative, il sentit une présence.

Un goéland s’était posé à côté de lui.

En sursautant et en se retournant trop rapidement vers l’oiseau marin, il en avait provoqué l’envol. ​

Yann repris sa contemplation de la mer devenue céleste​. ​

Le ciel sublimé par le soleil couchant s’était orné de volutes de nuages rouges, fuchsia, oranges et gris.

Ils composaient un éventail, naissant à l’horizon, puis s'évasant sur l’île, et plus largement sur la presqu'île de Quiberon et le continent. ​

Cette sorte de méditation sur la nature et la mer, sa vraie seule patrie, fut interrompue :

l’oiseau était à nouveau tout près de lui.

Se retournant très lentement afin qu’il resta là, il le détailla.

C’était un jeune goëland cendré, au bec jaune orangé et à la queue argentée.

S’’agissait t’il d'un descendant de Jonathan Livingston ?

Il semblait observer lui aussi le couchant.

Ils restèrent ainsi côte à côte, immobiles, les regards tournés vers l’horizon.

Ils recueillaient l'offrande du ciel et de la mer réunis dans une superbe harmonie océane.

Cela dura très longtemps, sans doute plus d’une heure.

Un peu à contre-cœur, il fallait bien y mettre fin, ils devaient rentrer, Yann à l’hôtel, et Jonathan à son nid.

Le soleil allait prendre ses quartiers de nuit et la lune esquisser les siens.

Afin de ne pas l'effaroucher, il se leva toujours très lentement, mais le goéland s’ébroua, le regarda et s’envola.

Sur le chemin du retour, Yann, mélancolique, songeait à cette connivence inattendue.

Il pressentait déjà quelques nostalgies à venir de ces instants précieux.

Il fallait bien sûr se raisonner, les hommes ne savent pas voler et les oiseaux ne peuvent pas parler.

Il fait ressurgir parfois ces moments enchantés, au gré de ses rêveries.

~~

Ceci est une histoire vraie vécue à Belle-Ile-en-mer fin Mai 1996, il y a fort longtemps !​