Flore de sel

En cette année 2009, Nantes s’abandonnait avec un tendre enthousiasme à la magie du conte de la petite géante du Titanic et du scaphandrier, de la compagnie Royal de Luxe.

Yann s’était mêlé à la foule émue et ravie.

Parents et enfants avaient les mêmes regards attendris. Les personnes se parlaient, partageant leurs émotions.

Certes, la vie n’est pas un conte, mais il s'était mis à penser que ces moments précieux de communion populaire, sans religion, politique, buzz et médias people, esquissaient les contours d’une société harmonieuse et apaisée.

Tentant de saisir ces instants en les photographiant, il vit qu’à quelques mètres de lui, une jeune femme très brune, semblait parfois lui sourire.

Après s’être assuré que ces sourires lui étaient bien destinés, il s’approcha lentement d’elle.

Un air de madone sévillane ou de danseuse de flamenco, très jolie, les yeux fiers et pétillants, et la silhouette avenante, elle s’appelait Flore. Elle était vêtue d’un ensemble en jean et d’un tee-shirt du Hellfest, le festival de musique hard-rock et métal de Clisson.

Une aimable conversation s’engagea. Ils partagèrent ensemble la poésie de la petite géante et du scaphandrier, pendant quelques instants.

Cette magie urbaine rappelait à Yann les '' voyages de Gulliver '' de Jonathan Swift, un souvenir de sa grand-mère et de son enfance.

Il lui proposa de la déposer chez elle. Elle habitait sur l’île Beaulieu et les transports nantais, anesthésiés par le trafic lié au spectacle de la rue, étaient défaillants, elle accepta.

Parvenu à son domicile, Flore lui proposa un thé et ainsi, de compléter leur présentation esquissée quelques instants plus tôt.

Elle avait des ascendants ibériques.

Son grand-père paternel, basque espagnol de la région de Guernica, avait fuit la coalition des franquistes et des nazis en 1937, et s’était réfugié à Nantes où il avait épousé une jeune dentellière sur les bords de l'Erdre.

Flore avait 29 ans, et était en cinquième année de Fac de Médecine.

Après son Bac, elle avait fait l’école des Beaux-Arts de Nantes et obtenu son diplôme.

Éprise d’un graphiste amoureux de la mer, elle avait ensuite avec lui fait le tour du monde pendant 2 ans sur un ketch : le Utopia.

Elle venait de rompre une relation entreprise durant son internat, deux mois auparavant.

Yann se présenta à son tour, il avait 65 ans, mais lui, n'avait pas fait le tour du monde ! Il s'était immergé en négritude pendant un an au Sénégal.

Il gardait un souvenir ému de l’Afrique, du peuple africain, et de la Maison des Esclaves de l’île de Gorée, au large de Dakar, : étape du triangle d’ébène auquel Nantes a apporté avec d’autres villes françaises et européennes une condamnable, cruelle, et inhumaine contribution.

Fraîchement débarqué du monde du travail, après un passé professionnel diversifié, il se consacrait à des activités, essentielles pour lui : Photo, Musique, et Ecriture.

Il préparait une expo-photo d’itinérance visuelle dont une partie tenterait modestement de rendre grâce aux femmes et à leur beauté.

L'évocation de cette expo provoqua le sourire de Flore qui ne tarda pas à se saisir d'un album photo soigneusement rangé.

Ils commencèrent à le feuilleter ensemble.

Stupeur et ravissement ! cet album comportait des photos de nus académiques de Flore qui pendant ses études, avait été également modèle aux Beaux-Arts.

Malgré cet académisme, les clichés donnaient à cet album l’aspect d’un sensuel brûlot qui avivait le papier baryté.

Surpris par une audace inhabituelle chez lui, il s’entendit lui suggérer de poser pour lui, afin de contribuer au thème ‘’ Corps et graphes ‘’ de l’Expo.

Sans feindre une hésitation qui n'était plus tout à fait de mise, et étrennant un début de connivence, elle acquiesça avec un sourire à demi complice.

Il lui proposa des séances photo dans le cadre des marais salants de Guérande, elle accepta et ils se mirent d’accord pour un jour suivant.

En le raccompagnant, sur le seuil de la porte, elle claqua spontanément, sur des joues ravies, quelques baisers sonores et brûlants.

Au retour, sous le charme absolu d'une jeune femme intelligente et belle, il souriait au monde.

C'est alors qu’une petite musique sournoisement s'insinua : ‘’ Il suffisait de presque rien ‘’ de Reggiani : " ........ elle au printemps, lui en hiver ......... " .

Certes il n’était pas en hiver, mais encalminé au milieu de l’automne, Plus de trente ans les séparaient.

Au jour convenu il passa la chercher chez elle. Elle avait troqué l'ensemble du jour de leur rencontre contre un caraco de soie bleu azur, joliment et densément renflé, et d’un short en jean, éprouvé, sans doute, par trop de lavages.

Ce short rétréci proposait de charmantes indiscrétions. ​

Tout en roulant vers Guérande, Yann lui confirma son projet en lui disant qu’il n'avait fait des photos de nu qu'avec ses compagnes, et dans un cadre intime.

Il lui dit aussi sa crainte d’être un peu gêné dans une situation n’ayant pas cet aspect.

Nullement intimidée, Flore estompa cette crainte avec des sourires apaisants et complices. ​

La discussion aidant, le voyage avait été très rapide.

Ils arrivaient à la jolie ville médiévale, le temps y était très beau.

La lumière généreuse octroyée par un soleil dominateur handicaperait les prises de vues, il convenait donc d'attendre pour les séances de pose. ​

Flore ne connaissant pas ces lieux, lui demanda s’il existait un endroit où se baigner, afin de combler cette attente, il lui répondit qu’à Pen-Bron, non loin de là, il y avait une plage naturiste.

L’idée était plaisante, et quelques instants plus tard, ils traversaient la pinède pour s’installer un peu à l’écart sur la plage. ​

Yann avait pris un large plaid dans sa voiture.

Alors qu’il l’installait, il se retourna. Flore avait déjà ôté son caraco, et le short timbre-poste, puis un tanga bleu ciel, avaient suivis rapidement.

Elle était nue, très belle et fière de cette beauté, simplement naturelle.

Yann opta lui aussi pour le même costume, notre tenue originelle. ​

En se baignant, ils trouvèrent un morceau de filet de pêche bleu turquoise qu’ils ramenèrent sur la plage, puis ils s’allongèrent côte à côte.

​Lui la regardait avec admiration, Flore était très désirable. Les gouttelettes marines qui paraient son corps de bronze cuivré avaient un bel et enviable privilège. ​

Il vit qu’elle le regardait avec toujours ce sourire coquin auquel il finissait part s'habituer.

Afin de cacher son trouble, il évoqua le script des photos qu’il pensait réaliser avec elle. Au comble de l'audace, il se risqua à lui dire que les photos seraient enrichies du ravissant spectacle qu’elle offrait.

Elle sortit de l’huile solaire de son sac et lui demanda avec une candeur joliment hypocrite de lui oindre le dos.

Yann commença avec application et douceur, en faisant appel à un self-control très menacé. ​

S'arrêtant aux fossettes des reins de Flore, et faisant en quelque sorte un saut d'obstacles, il passa directement à ses jambes, et pensait en avoir fini avec cette tâche éprouvante.

Mais Flore tourna la tête et ironisa gentiment, en sollicitant que l'onction soit intégrale.

Il n’avait pas oublié, mais seulement tenté d'esquiver une douce torture.

Il s’exécuta donc, essayant vainement de cacher son trouble.

Des épaules aux pieds, le corps de Flore était de soie et de satin brûlants.

Alors qu’il avait reposé la bouteille d’huile, elle se mit sur le dos et sollicita le même service.

Étonné, Il n’osa lui dire qu’elle aurait pu le faire seule.

S'agissant de rendre service, il obtempéra. Courageux lors de la première séquence, il fallait devenir héroïque.

Il recommença donc en s’appliquant avec discrétion et en évitant des zones risquées.

Parvenu sans encombre à hauteur du nombril de Flore, elle lui prit les mains, les ramena à son torse, et les pressa avec insistance.

Sur son échelle personnelle de tolérance et des supplices, Yann avait atteint le point extrême. ​

Le buste de Flore, reconnaissant du traitement qu’il venait de subir, défiait le ciel avec une très visible et belle arrogance.

Yann supportait mieux le soleil que les instants éprouvants qu’il venait de vivre.

Il avait très chaud, et ne parvenait plus à cacher une émotion devenue évidente. ​

Prétextant de vouloir se laver les mains, il alla à la mer pour y retrouver ses esprits.

Fort heureusement la marée haute lui permettait de ne faire que quelques mètres pour solliciter de l'Atlantique des effets salvateurs.

Il resta un peu de temps dans l’eau, puis revint vers elle qui feignait de ne pas voir l’état de cette émotion.

Elle n’avait pas été dupe, Il s’allongea hardiment à côté d’elle, au mépris du danger. ​

Ce danger disparut assez vite, car Flore décida d’y mettre fin.

Sans un mot, elle lui offrit ses lèvres avec tendresse.

Puis, progressivement, vinrent d’autres baisers de plus en plus ardents,

Le temps des caresses était venu, discrètes d’abord, elles s'affranchissaient et devenaient un peu diaboliques.

Le soleil généreux accompagnait leur désir naissant.

Ce samedi après-midi battait des records de chaleur et de fièvre, et les préoccupations photo de Yann s’estompait. ​

La plage peu fréquentée à cet endroit, était devenue l'Eden de leur libre expression.

Cessant momentanément leurs étreintes, ils s'étonnèrent ensemble de cette déferlante imprévue, mais bien réelle.

Ils quittèrent la plage et dans la forêt de pins qui les séparait de la voiture, ils firent quelques photos.

Flore prenait instinctivement des poses sensuelles en jouant avec les troncs sculptés des pins modelés et torturés par les bourrasques océaniques.

Certains de ces arbres, rouges de confusion, se scalpaient de leurs écorces et commençaient à se consumer.

Dans la voiture et en roulant vers les marais salants, Flore jouait en souriant avec le zip d'un short orphelin du tanga bleu ciel entrevu sur la plage.

Son regard taquin observait malicieusement l’effet produit.

La climatisation avait déserté et n'était plus d'aucun secours pour masquer un désir mutuel et obsédant.

​ Ils avisèrent un joli marais sur lequel un cône de fleur de sel, judicieusement haut, convenait au projet photo.

Ils s’y arrêtèrent.

L’endroit bordé d'un talus protecteur, était isolé, et accueillant. Il n’y avait ni paludiers, ni voitures au loin, seuls quelques oiseaux marins tournoyaient dans l'air vibrant.

Les instants qui suivirent reléguèrent au second plan les séances photo.

Ils délivraient le couple des tensions accumulées sur la plage.

Du haut d’un tas de sel voisin, un duo de mouettes rieuses, s’esclaffait. ​

La séance photo pouvait commencer, elle dura assez longtemps.

Flore posait très naturellement avec une sensualité mâtinée d'érotisme.

Le filet bleu ramené de la plage et dont les mailles se dilataient sous la tension, participait, ému et ravi, au spectacle. ​

Le temps de rentrer à Nantes survenu, elle dit à Yann qu’elle était libre le jour suivant.

Etonné, mais séduit, il lui proposa d'aller à Guérande et d’y passer la soirée et la nuit, elle accepta spontanément. ​

Après un dîner dans une crêperie accueillante, ils se rendirent à un hôtel non loin de là.

La chambre bleu pastel qui leur avait été attribuée, était joliment décorée, et se prêterait à quelques prises de vues.

Douches prises, sable, huile, et sel éliminés, Yann repris son appareil photo.

Chez Flore, la nudité était vraiment naturelle, elle emplissait l'espace.

Séance de pose terminée, corps, mains, et lèvres se mêlèrent, avec une tendresse furieuse, à nouveau, jusqu'au petit matin.

La voix de Reggiani s'était esquivée de l'esprit de Yann, empli de ce bonheur nouveau.

Flore était très expressive, il fallait bien l'épaisseur des remparts de la ville, pour contenir l'expression sonore d'un petit volcan débordant d'activité.

Dans la chambre bleuie par une lune généreuse, il régnait un parfum tiède et subtil de miel, d’origan, de rhubarbe, et de pins maritimes.

Au réveil tardif de la fin de matinée, Yann fit quelques photos drôles et sexys de Flore espiègle, et ébouriffée par leur nuit tourmentée.

Elle riait, parfois aux éclats, de leurs plaisanteries, visiblement heureuse et épanouie.

Ils partirent pour une pizzeria où ils déjeunèrent rapidement pour retourner à la plage. Le temps était toujours très beau et ils s’installèrent un peu plus loin qu’ils ne l’avaient fait la veille pour plus d’intimité.

Sans sacrement, la séance d'onction fut extrême, et gratifiée de ronronnements de plaisir de la consentante suppliciée, Cette séance produisit les mêmes effets sur l’un et l’autre, rendant la baignade obligatoire.

Ils restèrent un bon moment dans l’eau tempérée, puis revinrent s’étendre au soleil. ​

Sans jokari, ni badmington ou frisbee, ils reprirent intimement et ardemment leurs jeux de mains et de plage.

Puis l'heure du retour s'annonçait, maintenant il fallait rentrer, Guérande se cuivrait sous l'effet du soleil couchant. Pendant le voyage ils reparlèrent de ces journées inattendues.

Flore était une jeune femme spontanée qui avait une vive intelligence.

Très libre, elle était sans censure ni tabou sur les sujets abordés.

Parvenus à Nantes, après quelques bouchons routiers du dimanche soir, ils se rendirent à l’appartement de l’île Beaulieu.

Yann pensait l’y déposer puis repartir chez lui.

Elle lui proposa de monter se rafraîchir, ce que bien sûr il accepta. ​

La visite de l’appartement fut d’une rapidité suspecte, mais prévisible, jusqu’à la chambre, où le lit leur tendait bras et draps.

Ceux-ci héritèrent rapidement de grains de sable de Pen-Bron, et furent les témoins passifs et froissés de nouvelles étreintes. ​

A la porte de l’appartement, Flore, toujours insolemment dévêtue, glissa à l'oreille mordillée de Yann, en se dressant sur ses pieds nus, qu’elle avait peu de cours le lendemain, et ainsi serait libre dès le début de soirée, et les deux jours suivants.

Rendez-vous furent pris pour des balades et des dîners en ville, ponctués, sans doute, de quelques nuits ardentes.

Seul, en rentrant chez lui, il sourit à la pensée des bienfaits inattendus de la petite géante, devenue fée maline et coquine, pour les avoir réunis.

Les temps qui s'annonçaient seraient tendres, intenses et joyeux. .................. ​

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ndlr : Ceci est une fiction, et c'est bien dommage, seuls les lieux et un personnage existent.